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Les ceintures de comportement


Dans l'école tous les enfants possèdent une ceinture de comportement. Cette ceinture est fictive et matérialisée à la fois par une pastille de couleur plastifiée apposée sur le tableau de travail qui est affiché dans la classe et par un brevet obtenu lors de la passation de la ceinture.


Je pars du principe que tous les enfants ont envie de progresser, et ont envie d’obtenir des droits de plus en plus importants en fonction de leur maturité. Pour cela, les enfants vont gagner certains droits, en contrepartie de devoirs: plus les droits accordés seront importants et plus les devoirs exigés seront eux aussi importants.

Chaque parent fait de même en se comportant différemment en fonction des enfants qu’il a. S’il a plusieurs enfants il va les considérer de manière différente en fonction de leurs capacités propres, des difficultés de la tâche exigée, des expériences déjà passées, de la maturité…

Pour un enfant donné, la confiance accordée pour réaliser des tâches est grossièrement variable en fonction de l’âge.

Un enfant de quatre ans va avoir peu de droits, du coup, on ne lui demandera de même que peu de devoirs (on ne va pas lui permettre d’aller chercher du pain tout seul à la boulangerie) mais par contre, on va être beaucoup plus tolérant avec lui sur certaines « bêtises » que s'il s'agissait d'un enfant plus âgé qui les commettait.

A sept ans, selon le degré de confiance, s’il n’y a pas trop de difficulté, on pourra certainement commencer à le laisser aller seul.

A dix ans, l’enfant est capable d’y aller sans danger, parce qu’il est latéralisé, qu'il est devenu assez responsable.

Tous les enfants ne peuvent pas être considérés de la même manière, parce qu’ils sont tous différents: ils n’ont ni le même âge, ni le même degré de maturité, ni la même histoire…

De la même façon, dans la classe il y aura des enfants que l’on pourra laisser aller seuls porter un message dans une autre classe, aller chercher un ballon dans le local de rangement sans aucun risque de « bêtises ». Pour un autre enfant, cela ne sera pas possible: celui-ci demandera à avoir sans cesse un adulte à proximité…

Dans tous les cas, il reste primordial que chaque enfant puisse savoir à quel niveau de confiance il se trouve. Il faut également que rien ne puisse être figé dans le temps, car un enfant « petit » peut lui aussi grandir. C’est d’ailleurs essentiel pour lui… et c’est notre tâche que de l’aider à grandir.

C’est pour ces raisons que, dans la classe, l’apprentissage du vivre ensemble est institutionnalisé par un fonctionnement utilisant des ceintures de comportement.

Les enfants disposent tous d'une ceinture de comportement leur indiquant là où ils se trouvent dans la classe, à un moment donné, à propos de leur comportement.

Les ceintures de comportement s'appuient sur les ceintures de judo: rose, blanche, orange, verte, bleue et marron. Plus une ceinture est "faible" et moins l'enfant possède de droits et de devoirs. Plus elle est "élevée", et plus l'enfant possède de droits et de devoirs. Les sanctions en cas de transgression du règlement, sont de plus en plus importantes en fonction de la ceinture (sanctions simples pour les ceintures basses : roses, blanches et jaunes; sanction doubles pour les ceintures moyennes : oranges et vertes; sanctions triples pour les ceintures élevées : bleues et marron). Cette différenciation des sanctions est instituée dans un souci d’équité, de justice : tout simplement parce que les ceintures élevées sont des exemples pour les ceintures basses ; parce qu’il leur est beaucoup plus facile de ne pas perdre de point, il faut que les pertes leur soient plus lourdes.

Un enfant qui désire « être considéré comme un grand » va être par conséquent sanctionné comme un grand; un enfant qui veut rester "petit" est moins sanctionné parce qu'il « est plus petit ».

Mais, il ne suffit pas de vouloir « être grand », il faut également être capable de « se comporter comme un grand »...
Les droits accordés aux ceintures vont être de véritables moteurs pour les enfants. Ces droits vont les inciter à "grandir" et à passer une ceinture plus élevée, malgré l'augmentation des devoirs.


La ceinture de comportement va permettre aux enfants de trouver un équilibre entre ce qu'ils "veulent" être et ce qu'ils "peuvent" être réellement, à un moment donné.

Le fonctionnement de toute la classe s'appuiera donc en permanence sur ces ceintures de comportement, qui vont donner aux enfants de véritables droits dans la classe. Ces droits ne leur sont pas abandonnés, mais ce sont les enfants qui les acquièrent, parce que leur ceinture montre qu'ils ont "gagné" un certain niveau de confiance.Permis de conduite

Un enfant qui fera un écart, par rapport à ce qui est exigé de sa ceinture, sera certain d'être sanctionné la semaine suivante, par un gel provisoire d'une semaine, des droits de sa ceinture (mais pas de ses devoirs car il continue a posséder cette ceinture).

Une ceinture supplémentaire (la ceinture rose) est créée pour que des enfants difficiles puissent trouver malgré leur comportement, une place dans la classe. Cette ceinture doit être néanmoins assez contraignante pour que son titulaire soit incité à faire les efforts nécessaires pour la dépasser. On peut ainsi exiger d’une ceinture rose de rester en permanence à proximité d’un adulte de l’école. En contrepartie, l’adulte s’engageant à régler immédiatement les problèmes qui se posent à lui, sans passer par le conseil.

Les ceintures s’obtiennent à la demande d’un enfant qui dispose des points nécessaires, pour son obtention, depuis au moins trois semaines et qui a montré les facultés nécessaires pour l’accomplissement des tâches de cette ceinture (savoir comment se déroule le quoi de neuf, le conseil qu’il pourra présider s’il le désire ; avoir déjà réussi à présider sans aide, le quoi de neuf ou le conseil, savoir résoudre un problème par la médiation…). Pour la ceinture bleue et marron en plus de ces deux conditions, l’enfant devra pouvoir obtenir la confiance de la classe ou de l’école lors d’un vote en conseil (du coup, cette ceinture pourra lui être retirée en cas d’abus de confiance).

Ce sont d’abord les grands moments institutionnels (quoi de neuf, conseil, médiation…) qui vont être les moteurs pour les enfants en leur donnant une légitimité reconnue face au groupe. Ce sont ces moments qui vont leur donner envie de « grandir » davantage, d’accepter les contraintes des grands pour en obtenir leurs libertés. Ces apprentissages ne leurs seront d’ailleurs pas inutiles dans leur vie d’adulte.


Pour fonctionner ce système nécessite l'application de deux principes essentiels:

  • Le premier est l'obtention de véritables droits pour les ceintures élevées, ce qui sera le véritable moteur pour que les enfants acceptent de passer des ceintures contraignantes.

  • Le second est la mise en place des "pastilles rouges", clef de voûte du système, puisqu'il s'agit du seul moyen de sanctionner les écarts. L'enfant "pastille rouge" doit "sentir" véritablement la conséquence du gel de ses droits. Les enfants aux ceintures les plus élevées sont alors ceux qui ressentent le plus la sanction (puisque ce sont eux qui ont le plus de droits).

 

Les ceintures de comportement s'acLoi et règlementquièrent à la demande de l'enfant et ne peuvent être retirées (à part la bleue et la marron lors d’une perte de confiance). L'enfant peut par contre demander à reprendre une ceinture inférieure s'il ne parvient pas à la conserver (il peut d’ailleurs avoir intérêt à le faire afin d’avoir au moins les droits d’une ceinture inférieure, plutôt qu’une ceinture trop forte avec des droits gelés, semaines après semaines).

La passation d'une ceinture est soumise à une double modalité:

  • disposer des points de la ceinture convoitée depuis trois semaines.
  • montrer que l'on est capable d'effectuer les droits de ces ceintures (présidence du quoi de neuf et du conseil, confiance...).

Lors d'un passage de ceinture, un diplôme est remis à l'enfant, lui récapitulant ses droits et ses devoirs.

L’objectif de ces ceintures est donc d’amener l’enfant à grandir et à devenir davantage responsable. La finalité est alors de permettre aux enfants de se sentir de plus en plus « citoyen » au sens large : c’est à dire de pouvoir être concerné par les affaires de la classe, de l’école, de la cité, de la planète… C’est pour cela qu’être grand c’est être capable de s’intéresser aux autres ; c’est être capable de proposer des solutions pour régler les problèmes du collectif. Être grand c’est devenir autonome, devenir un moteur pour les autres, devenir porteur des projets du groupe…

Les ceintures ne rejettent personne. Chacun a une place; chacun a un rôle. La ceinture la plus basse donne une place à l’enfant « petit » qui gêne en permanence. Cette ceinture n’est pas un objectif, c’est juste un passage qui ne demande qu’à être dépassé. Il pourra l’être d'ailleurs avec certitude dès que l’enfant s’en sentira capable.

La ceinture la plus haute peut être difficile a obtenir parce qu’elle nécessite des capacités multiples. Un enfant trop sage pourrait avoir du coup des difficultés à l'obtenir. En effet le comportement n’est plus le seul facteur retenu pour devenir "grand". Il lui faudra, parfois, prendre sur lui pour se mettre en avant face aux autres. Car être grand ce n’est pas être sage… Être grand, c'est savoir tout à la fois être acteur du monde, sans jamais en devenir un obstacle pour celui-ci !



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  • Bénédicte Lombart - Le 04/07/2009 à 11:22:32
    Un grand merci pour le partage de ce remarquable travail. Il est une révélation pour moi et je vais m'efforcer de la mettre en place à la rentrée dans ma classe de CM1.
  • Rose!
    Fran - Le 01/05/2010 à 09:55:02
    Mais pourquoi choisir le rose pour les cas difficiles???? Cette couleur est déjà tellement connotée...


    ----------------------------------------------

    Oui tu as raison, on pourrait choisir une autre couleur moins connotée... Mon idée était de choisir une couleur qui ferait penser à la petite enfance: au rose réservé aux poupons. Ce n'est pour moi nullement un objectif de laisser l'élève indéfiniment dans cette ceinture. De toute façon, c'est l'enfant lui même qui choisit d'y aller ou pas.
    Depuis que j'ai mis le système des ceintures en place, un seul enfant a été tenté par cette couleur. La seule explication des implications (rester à côté d'un adulte en permanence) l'en a vite dissuadé...

    Tchérôme
  • Un ENORME merci
    Carine - http://ma-famille-damour.over-blog.com - Le 19/08/2010 à 15:39:04
    Bonjour cher collègue,

    je ne sais comment t'exposer ma reconnaissance face à cette immense générosité qui me permet de me lancer pour la première fois dans les ceintures de comportement...

    Grâce à tes explications, mon projet a pris une tournure plus concrète : j'ai enfin pu régler ce qui ne me plaisait pas dans ce que j'avais mis en place...

    Encore merci et une très bonne continuation !!!
  • J'admire ton travail.
    Guillaume - Le 17/01/2011 à 07:49:34
    Je suis moi-même en pleine co-élaboration d'un fonctionnement de type institutionnel avec mes élèves d'une classe de 5ème SEGPA (et mon mémoire CAPASH tourne autour de cette approche singulière de l'apprentissage du rôle d'élève/futur citoyen).
    Je suis "preneur" pour tout conseil de lecture papier et/ou web (moi je recommande le livre de Sylvain Connac: Apprendre avec les pédagogies Coopératives)...

    Certains détails m'ont manqué pour saisir complètement ton organisation je me permets donc de te les communiquer:
    - une liste des métiers libres et "soumis à brevet" qui sont assumés par tes élèves.
    - les éventuelles "épreuves" et/ou "formations" qui délivrent les brevets.
    - une liste tarifée des "T.I.G" qui permettent de racheter des points.

    Merci beaucoup pour cette transmission de ton -beau et gros- boulot, j'espère un jour être en mesure d'en faire autant.

    guillaume
  • technique de maton
    Jocelyne - Le 08/09/2011 à 11:05:26
    Absolument effrayant !!!
    Comment une telle idée peut-elle naître dans l'esprit d'un pédagogue ?

    ----------------------------------------------

    Réponse:

    Il n'y a rien d'effrayant à ce qui se fait dans nos classes. Les enfants vivent plutôt bien leur présence à l'école. Cela ne les empêche absolument pas de rester "vivant", de faire des bêtises, mais cela amène de leur part davantage de respect, les uns pour les autres.
    Ils sont très attachés aux ceintures, parce qu'elles ont du sens pour eux. Même les enfants les plus difficiles, rentrent dans les ceintures, parce qu'elles apportent pour eux un cadre rassurant et plus de justice.

    Ce qui est effrayant ce n'est pas l'idée, mais la façon dont on pourrait la faire vivre au quotidien. Mais ça, ça reste valable pour n'importe quel fonctionnement (le plus coopératif soit-il).

    Si tu en as l'occasion, pourrais-tu préciser ce que tu trouves effrayant, ici.

    Tchérôme
  • techniques de maton
    Guillaume - Le 12/10/2011 à 17:20:59
    Les "inventeurs" de ces dispositifs (Oury...) avaient justement pour objectif de faire disparaître le fonctionnement carcéral de l'école: punitions, humiliations...
    Il s'agit de clarifier les attentes du groupe vis à vis du comportement de chacun, de responsabiliser chaque élève selon ses possibilités du moment, de s'inscrire fortement dans le cadre du droit....
    Mais il est vrai que cet outil peut tout à fait être utilisé à l'envers, j'encourage ceux qui sont intéressés (ou horrifiés) par ce dispositif à lire les classiques de la pédagogie institutionnelle...
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